OTAN 2030, le monde d’après
Article mis en ligne le 27 mai 2021

par Collectif
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OTAN 2030, le monde d’après

Le prochain sommet des pays de l’Alliance atlantique qui se tiendra à Bruxelles le 14 juin doit prendre des décisions relatives au projet « OTAN 2030 ». Biden y participera, ainsi qu’au G7 prévu la veille à Londres, les 11 et 12 juin. C’est dire l’importance que les États-Unis accordent à ces instances pour leur stratégie des années à venir, dont l’axe principal est le maintien de leur hégémonie face à la Chine.

Le cadre de cette confrontation Chine – USA porte désormais un nom : OTAN 2030, auquel le sommet de Bruxelles sera consacré.

OTAN 2030 est une première formulation d’un nouveau concept stratégique de l’OTAN. Ce huitième agenda de l’Alliance intervient à un moment charnière pour l’Occident : celui de son déclin, mais aussi, et c’est lié, celui où l’on passe des guerres asymétriques aux menaces de conflits ouverts entre États.

Il y a eu l’OTAN atlantiste de la guerre froide, dirigée contre les pays qui formèrent le Traité de Varsovie en réaction à sa création : c’est l’Alliance qui voulait résoudre par la guerre la contradiction entre capitalisme et socialisme.

Il y a eu l’OTAN impérialiste de l’après-guerre froide, fer de lance militaire des États-Unis et d’un Occident hégémoniste : une Alliance en mesure de se projeter pour résoudre par la guerre les problèmes qui surviennent dans le monde entier précisément en raison de cette hégémonie.

Il y a maintenant l’OTAN, puissance militaire qui veut être en mesure de résoudre par la guerre les contradictions interimpérialistes mondialisées entre les États-Unis, l’Europe, la Russie, la Chine, l’Inde...

Les défis que veut relever OTAN 2030 sont en effet clairement énoncés : « les actions agressives de la Russie, la menace du terrorisme, les cyberattaques, les technologies émergentes et les technologies de rupture1, les incidences du changement climatique pour la sécurité, et la montée en puissance de la Chine ».

En Europe, la Russie est constamment dans le collimateur et cette nouvelle guerre froide représente de lourdes menaces pour les peuples du continent. Les bases militaires de l’OTAN encerclent désormais au plus près la Russie. Les exercices militaires, comme Defender-Europe, se déroulent aux portes de ce pays, et jouent la provocation : en mai dernier, le pays « invité » était l’Arménie, l’an prochain ce sera l’Ukraine.

Que signifie cette nouvelle étape dans la lutte contre l’OTAN ?

Cette lutte, qui s’est considérablement affaiblie en France, a pourtant une longue tradition.
Pendant la guerre froide, l’OTAN était un fauteur de guerre utilisant la menace atomique contre l’URSS et les pays se réclamant du socialisme. Cette politique agressive a suscité de puissants mouvements contre la guerre, contre la présence sur le sol européen de bombes atomiques et contre les bases états-uniennes installées sur le continent.

Pendant la période post-guerre froide, l’OTAN a porté la guerre contre des peuples d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie pour assurer plus encore la domination des États-Unis et des puissances occidentales et pour imposer le nouvel ordre mondial néo-libéral. Cela a suscité de grandes manifestations sur les cinq continents.

Qu’en sera-t-il aujourd’hui où les peuples européens risquent d’être entraînés dans des conflits de haute intensité alors que les puissances européennes sont stratégiquement déclassées ?

L’État français, qui a depuis longtemps aligné sa politique sur celle du leader nord-américain, entend toutefois jouer sa propre partition en promouvant la fameuse « défense européenne ». Mais il ne faut pas être leurré par ces velléités d’indépendance. Les débats que peut susciter ici ou là cette initiative sont vite clos : il est clairement et immédiatement affirmé que la « défense européenne » se construira dans le cadre de l’OTAN et y jouera même un rôle moteur. Si Macron pousse dans cette direction, c’est surtout pour assurer de solides parts de marché aux monopoles fabricants d’armes français.

Avec les guerres lointaines conduites dans les anciens territoires de l’empire (bombardements au Moyen-Orient, « opérations extérieures » en Afrique), l’Etat français demande à la population non pas tant de le soutenir, que de rester passive, de faire confiance à « son » armée, de fermer les yeux et de se taire – en agitant de temps à autres le spectre du terrorisme.

Avec les conflits inter-étatiques de haute intensité qui s’annoncent, la donne est différente : la population doit au contraire être mobilisée et manifester activement son adhésion.

D’où l’importance du concept de résilience, que certains experts voudraient introduire en tant que fonction stratégique dans le prochain Livre Blanc de la Défense. La théorie développée depuis plusieurs année est la suivante : l’Armée ne sera pas capable de faire face seule aux crises qui s’annoncent. Il faut organiser la capacité de mobilisation de la nation tout entière, pour qu’elle réponde par son action aux objectifs stratégiques fixées.

Une telle orientation suppose une coopération de l’Armée avec les institutions civiles. Celle avec le Ministère de l’Éducation nationale (ainsi que celui de l’Agriculture) est déjà engagée depuis plusieurs années, avec cinq protocoles organisant la collaboration avec le ministère de la Défense. Cet axe a été récemment conforté avec le Service national universel (SNU), dont le financement et l’organisation sont logées au Ministère de l’Éducation nationale (au bien nommé Secrétariat d’État chargé de la jeunesse et de l’engagement).

L’enrôlement de la jeunesse est un impératif essentiel pour la « mobilisation de la nation » dans les prochains conflits. Le rétablissement d’un service militaire obligatoire ne pouvant être brutalement imposé, c’est la montée en charge progressive du SNU sur la base du volontariat qui est organisée, et qu’il faut combattre dès maintenant.

La coopération entre l’Armée et le ministère des Solidarités et de la Santé est le prochain objectif, qui bénéficiera de l’engagement des militaires lors de l’épidémie du Covid, dans l’opération précisément appelée… « Résilience ».

La question aujourd’hui n’est plus seulement de dénoncer les guerres des puissances impérialistes contre les peuples, elle est aussi de dire non à ce que les peuples européens meurent pour les intérêts des oligarchies impérialistes. Une première étape est de relayer en France les grands mouvements qui s’annoncent contre le sommet de l’OTAN du 14 juin, notamment au Royaume Uni, en Belgique et en Allemagne.

27 mai 2021

1) Il s’agit surtout du développement des armes hypersoniques (Mach 5) pour lesquelles la Russie semble en avance.

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