De Gaza à Paris, guerres et état de guerre
Article mis en ligne le 20 mai 2021

par Collectif
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De Gaza à Paris, guerres et état de guerre

Les habitants de l’Ile-de-France, en particulier ceux des quartiers de Barbès, de Porte de la Chapelle et de République, ont pu mesurer concrètement samedi 15 mai ce qu’était l’état de guerre en connexion avec les guerres.

Pour soutenir le régime colonialiste israélien et empêcher toute expression d’une solidarité avec la juste cause palestinienne, l’État Français a déployé un dispositif répressif exceptionnel à Paris : 4200 policiers, CRS et gendarmes mobiles, canons à eau, lacrymogènes, nasse, arrestations et gardes à vue, amendes infligées à plus de 400 personnes.

Toutefois, cette démonstration spectaculaire n’aura servi au fond qu’à rendre tout aussi spectaculaire la détermination de milliers et de milliers de manifestants d’exprimer leur solidarité avec les Palestiniens.

Plusieurs leçons peuvent être tirées de cette journée.

Le soutien français à Israël est profond, les deux États se comprennent, comme en témoigne d’ailleurs leur longue coopération technique et idéologique en matière d’organisation de la répression ainsi qu’en matière militaire. Ils se comprennent, parce que ce sont deux États colonialistes, les derniers sans doute, la France, de la Kanaky aux Antilles, et Israël, du Jourdain à la mer, deux États qui s’accrochent coûte que coûte à des terres qui ne sont pas les leurs et qui méprisent le droit des peuples qui y vivent à la liberté et à l’indépendance.

Mais ce qui se dégage de manière évidente de la situation, c’est la décomposition, la corruption et au fond la ruine de ces États colonialistes, la ruine morale d’abord, qui précède toujours l’écroulement des régimes finissants.

Comment un État comme la France, qui, pour défendre les intérêts de quelques groupes financiers, bombarde au phosphore des populations civiles, occupe des dizaines de pays en Afrique pour garantir leur pillage, comment un tel État pourrait-il avoir une armée qui ne soit pas gangrénée par des idées d’extrême droite et fascistes ? Comment son armée, que cet Etat envoie depuis un siècle et demi massacrer des « peuples inférieurs », ne rêverait-elle pas d’engager une « guerre civile » ici contre les immigrés et leurs enfants ? Comment sa police, qu’il déploie semaine après semaine pour réprimer la moindre manifestation, comment cette police depuis longtemps engagée dans la gestion coloniale des quartiers populaires ne pourrait-elle pas être gangrénée par le racisme ? Comment un tel État ne pourrait-il pas être entraîné dans une vertigineuse fascisation, enchaînant état d’urgence et état d’exception sur fond de racisme, allant même jusqu’à confier la santé publique à un « Comité de Défense » qui se réunit à huis-clos ! Comment un tel État pourrait-il ne pas avoir comme préfet de police un Papon, qui a envoyé les enfants juifs dans les camps avant de noyer les Algériens dans la Seine, ou comme ministre de l’Intérieur un Darmanin, qui publie un livre déballant les vieux clichés de l’antisémitisme ?

Quant à Israël, il faut savoir discerner la décomposition de cet État derrière l’effroyable guerre qu’il conduit contre les Palestiniens. L’instabilité et la corruption de ce régime où l’extrême droite prospère sont patentes. La profonde nature sioniste de cet État se révèle lorsqu’il confie la sauvage expulsion des familles palestiniennes de Sheikh Jarrah aux commandos des partis extrémistes, racistes, homophobes et misogynes.

Mais aussi, et depuis longtemps mais cela devient manifeste, la peur a changé de camp. De quelle victoire pourrait donc se prévaloir un État qui ne s’en remet qu’à la seule vertu de bombardements lointains ? Son armée n’est plus capable de pénétrer dans Gaza, elle ne peut pas retourner au Liban où elle a subi une débâcle en 2006, cette armée d’assassins ne connaîtra plus jamais la victoire.

Plusieurs raisons à cela.

Tout d’abord, l’échec de la politique de division des Palestiniens, entre Gaza, « territoires occupés » et « Arabes israéliens » : aujourd’hui, c’est TOUTE la Palestine qui se soulève dans l’unité, de la Galilée au Néguev, du Jourdain à la mer, avec même l’arrivée aux frontières des réfugiés du Liban et de la Jordanie ! Ce soulèvement qu’il faut soutenir absolument et de toutes nos forces représente l’avenir, la solution, celle d’une nation libre et indépendante où cohabiteront dans la paix et la justice des citoyens égaux. C’est cette solution que portaient les manifestants du 15 mai, et qui est précisément et en pratique la solution la plus éloignée de l’antisémitisme !

Ensuite, c’est l’échec des accords d’Abraham ou des marchandages de la « normalisation » avec le Maroc : le peuple marocain a parlé ces jours derniers pour rejeter cet humiliant marchandage. Les autres peuples arabes parleront.

Quant à Biden, que sait-il faire d’autre que balbutier, comme dans un dernier souffle, « qu’Israël a le droit de se défendre », et que lui expédier des milliards de dollars, des missiles anti-missiles et… un émissaire, alors qu’il n’a toujours pas nommé d’ambassadeur à Jérusalem ? Jérusalem, qui n’est reconnue comme capitale que par dix pays sur 193 (dont les îles Marshall, celle de Nauru et la Micronésie) !

Aux USA, des manifestations monstres ont lieu dans toutes les villes. Alexandria Ocasio-Cortez (membre démocrate de la Chambre des Représentants) a rompu avec Biden en dénonçant « l’occupation coloniale de la Palestine ».

Bien sûr, ces forces impérialistes et colonialistes sont puissantes, elles commettent des crimes abominables et insupportables. Mais les Palestiniens, ceux qui subissent le joug le plus violent du colonialisme, ceux dont la survie même en tant que peuple est en jeu, les Palestiniens montrent la voie à tous.

C’est pourquoi samedi 15 mai, nul canon à eau, nulle grenade assourdissante ne pouvaient empêcher qu’on entende : « De Gaza à Paris, résistance, résistance ! »

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