Les Etats généraux de la Paix du 21 avril 2018
Article mis en ligne le 28 avril 2018
dernière modification le 29 avril 2018

par Collectif
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A l’initiative de l’ARAC , se sont tenus à Paris le 21 avril 2018 les Etats généraux de la Paix regroupant diverses associations ou organisations pour débattre et échanger sur deux thèmes : comment développer un mouvement contre la guerre, et comment promouvoir la charte des Nations Unies.
La figure de Barbusse (et son slogan « guerre à la guerre ») a été maintes fois évoquée, ainsi que celles de Jaurès, de Rosa Luxemburg et de Karl Liebknecht, éminents partisans de l’internationalisme.
Les interventions de la tribune et de la salle ont reflété la diversité des organisations et de leur sensibilité. Mais une large unité s’est exprimée autour de points fondamentaux. Tout d’abord, il fut rappelé que la guerre n’est pas un malheur qui s’abat sur les peuples comme une fatalité. La guerre trouve sa source dans le capitalisme, c’est-à-dire dans le fait que des grands intérêts financiers défendent leurs privilèges par les armes, dans le fait que des pays puissants s’arrogent le droit d’intervenir par la force, par des sanctions économiques, par des blocus, pour faire taire et courber l’échine à des peuples, pour s’accaparer leurs richesses et imposeer leurs conceptions de la « démocratie ».
La célèbre phrase de Jaurès, le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage, fut maintes fois citée. Le président de l’ARAC a rappelé l’appel de Barbusse de 1920 aux anciens combattants de tous les pays, qui dénonçait la caste internationale qui conduit ses propres affaires à travers la chair humaine.
Certes, a-t-il été précisé, la lutte pour la paix peut (et doit) rassembler des personnes qui n’ont pas nécessairement une claire conscience de ces processus, mais, tôt ou tard, ce combat doit en venir à l’idée qu’il faut en finir avec la misère, les inégalités, l’exploitation et le pillage, si l’on veut en finir avec la guerre.
Deux points importants ont été soulignés, et qui rejoignent les orientations de notre Collectif.
Le premier concerne la responsabilité des partisans de la paix : nous sommes en France et il faut lutter contre le bellicisme de notre propre Etat. A cet égard, tous les intervenants ont condamné fermement les bombardements perpétrés contre la Syrie le 13 avril dernier par les USA, la France et le Royaume-Uni.
L’autre point vise à se mobiliser contre la militarisation de la société. Deux aspects ont été soulignés, qui là encore rejoignent la plate-forme de notre collectif. Le premier touche à l’accroissement de la production et du commerce des armes. En particulier, la modernisation de l’armement atomique décidé Macron sans aucun débat public, a été présentée non seulement comme coûteuse (14,5 millions d’euros par jour), mais comme extrêmement dangereuse. Le 7 juillet 2017, l’Assemblée générale des Nation-Unies a adopté un traité interdisant les armes nucléaires (voté par 141 Etats). La France a voté contre, rappelant que sa stratégie est fondée sur la dissuasion nucléaire. Une campagne pour que la France signe le Traité pourrait être un point d’appui pour mettre en débat cette fameuse stratégie de la dissuasion et pour s’opposer au développement prévu de l’armement atomique.
Le second aspect se rapporte à ce que nous appelons la militarisation des esprits. Beaucoup d’intervenants ont dénoncé les conséquences de la convention passée entre les Ministères de la Défense et de l’Education nationale, et plaidé pour qu’une véritable campagne soit menée en direction des enseignants et des élèves. Il fut proposé que cette campagne s’articule autour de la revendication suivante : proposer que la Charte des Nations Unies soit affichée dans les écoles et soit enseignée.
Cette Charte fut en effet l’objet de la deuxième partie du débat, à savoir : comment s’en saisir, comment la défendre, comment expliquer que la plupart des actions menées au nom de l’ONU violent la Charte.
Notre Collectif n’a jamais débattu de cette question. Lors du débat des Etats généraux, Roland Weyl (avocat membre de l’association "Droit-solidarité" et vice-président de l’Association Internationale des Juristes Démocrates) a expliqué que la Charte n’était pas celle de l’ONU, mais des Nations unies (« Nous Peuples des Nations avons un intérêt commun à la paix et au développement… »), l’ONU n’étant qu’un organe exécutif de la Charte. On peut dès lors selon lui expliquer que les alliances bellicistes comme l’OTAN, ou toutes les OPEX menées par la France, violent la Charte.
Bien d’autres points ont été abordés lors de ces débats, citons en vrac : la campagne pour la réhabilitation des « fusillés pour l’exemple » de 1917, c’est-à-dire pour la reconnaissance de leur acte internationaliste (érection prévue d’un monument « aux fusillés pour l’exemple » à Chauvy) ; la discussion avec les syndicats des entreprises productrices d’armement ; la campagne contre le salon de l’armement à Villepinte des 11-15 juin ; le contre-sommet de l’OTAN à Bruxelles en juillet, etc.).
Ces Etats généraux, avec la richesse de leurs échanges, constituent une pièce importante du mouvement antiguerre.

Notes
L’ARAC (Association républicaine des anciens combattants) a été créée en 1917 entre autres par Henri Barbusse, Paul Vaillant-Couturier, Raymond Lefebvre, pour lutter contre la guerre, contre le colonialisme et pour la solidarité entre les peuples.

Parmi les organisateurs : Association des amis d’Henri Barbusse, Mouvement de la Paix, UD CGT Paris, Mouvement rural des jeunesses chrétiennes, République moderne, Association droit et solidarité, Association des Maires pour la paix, Fédération mondiale des travailleurs scientifiques, Mouvement des pionniers de France, IDRP (Institut de documentation et de recherche sur la Paix).

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