Halte à l’agression contre la Syrie
Article mis en ligne le 28 avril 2018

par Collectif
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En Syrie et au Moyen-Orient, Les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni ont perdu la partie. Cette réalité est difficile à admettre pour des puissances qui, depuis plus d’un siècle, s’octroient le droit de s’occuper de cette région, d’en piller les richesses, d’en configurer les frontières, d’en changer les gouvernements et d’y déployer leur soldatesque. Ce temps est révolu. Pour conjurer le mauvais sort, ces vieilles puissances lancent aujourd’hui une « salve d’honneur », à la fois grotesque et hideuse, hasardeuse et dangereuse. Car il n’est rien de plus redoutable que le tigre blessé.
Ce monde impérialiste pourrissant en est réduit à organiser un bombardement comme une petite opération de com’, pour délivrer un message qui ne vise au fond qu’à le rassurer lui-même, avec ses « beaux missiles intelligents ».
Aucun but politique ni militaire n’est atteint, pour la raison qu’il n’y en avait pas. Le régime de Damas n’est pas ébranlé, alors qu’en 2011 on prétendait le renverser en deux semaines. Son armée, comme les troupes de ses alliés russes et iraniens, est intacte. La démonstration de force se révèle être aux yeux de tous une démonstration de faiblesse.

Et pour la France et son général Macron, quel objectif ? Quel sera le résultat des douze missiles tirés par l’Armée française - dont probablement la moitié seulement est arrivée sur des entrepôts vides et des casernes désertées ? Comme toujours, Macron en rajoute dans le minable. Dès samedi matin, Le Drian explique que l’assaut de la nuit est la preuve de l’indépendance de la France vis-à-vis des Etats-Unis, car l’Etat français aurait décidé seul des objectifs, des moyens, de la date. Macron aurait réuni seul les « preuves » de l’attaque chimique. Il aurait énoncé seul la philosophie de la « ligne rouge », qui comporte d’ailleurs en elle un répugnant feu vert : en deçà du chlore, tout est permis. Cette urgence à proclamer l’indépendance du bellicisme français ne fait que souligner la totale soumission de Macron à l’aventureuse politique états-unienne.

L’impuissance des trois impérialistes est telle que tout se retourne contre eux.
Montrer les dents et reprendre la main ? Mais chacun voit que la réaction occidentale est un aveu de leur défaite, notamment après la reddition de la banlieue orientale de Damas, et résonne comme une petite vengeance dérisoire.
Stopper la guerre chimique ? L’intervention impérialiste de la nuit du 14 avril rend par elle-même suspect le prétexte, une attaque chimique sur Douma. Elle se produit quelques heures avant que les inspecteurs de l’ONU (de l’OAIC) se déploient sur le terrain pour mener leur enquête. Le message des trois puissances qui veulent régenter le monde est clair : « c’est nous qui décidons s’il y a eu attaque chimique, c’est nous qui disposons des preuves, c’est nous et nous seuls qui jugeons, condamnons et exécutons la sentence – cent missiles tirés sur des bâtiments vides ». Sans compter l’hypocrisie de ces pays qui n’ont pas hésité à déverser du phosphore blanc sur Mossoul ou Rakka, pour en parfaire la terrible destruction.
Tester la Russie ? Mais d’un côté celle-ci est montrée comme le principal fauteur de guerre aujourd’hui (jusque dans les squares londoniens où elle répand ses armes chimiques), et de l’autre elle est désignée comme intouchable - les ministres des trois agresseurs multipliant dès samedi matin des propos rassurants sur le « sanctuaire russe » en Syrie. Test réussi !

C’est là où le grotesque fait place au péril et qu’il faudrait agir. La salve tirée le 14 avril pouvait l’être dix jours plus tôt, dès la révélation de l’attaque chimique. Trump a attendu car il voulait un assaut plus fumant. Le Pentagone a refusé : détruire des casernes vides loin des troupes russes, oui. Mais s’attaquer au régime de Damas et à ses alliés russes et iraniens exige une très grande et longue préparation politique et militaire dont ni l’affairiste Trump ni le banquier Macron n’ont la moindre idée.
Mais cette perspective, dangereuse non seulement pour la région, mais pour la paix mondiale, est toujours là. Les trois Etats agresseurs démontrent que pour eux la seule arme déployée pour tenter de garder leurs positions est non pas la diplomatie mais la guerre. Défaits sur le fond en Syrie, ils veulent y maintenir une présence et une menace militaires qui ne sauraient entraîner qu’un chaos similaire à celui qu’ils ont imposé en Irak et en Libye. Ils jouent ainsi un jeu dangereux. Ils révèlent que le monde d’aujourd’hui, et plus encore le monde de demain, dans lequel ils ne sont plus à la manœuvre, ne leur convient pas et qu’ils sont prêts à user de leurs armes pour maintenir leurs privilèges de « nations civilisées ».
Et leurs armes sont nombreuses : le plus grand stock d’armes chimiques et nucléaires est aux Etats-Unis ; Israël est la seule puissance nucléaire de la région, et n’a toujours pas ratifié la convention sur les armes chimiques ; les USA disposent de 700 bases militaires répandues partout dans le monde ; la France déploie des dizaines de milliers de soldats en Afrique et au Moyen-Orient, où elle soutient des régimes et des mercenaires peu recommandables.
C’est pourquoi il faut, avec le collectif NGNEG, condamner fermement l’attaque de cette nuit, et organiser le combat pour que la France cesse toute politique belliciste.
Il est urgent qu’un mouvement grandisse contre l’impérialisme, pour la paix entre les peuples, et pour contraindre l’Etat français à retirer ses troupes d’Afrique et du Moyen-Orient, à quitter l’OTAN et à cesser toute agression.

Daniel Blondet
Collectif NGNEG

14 avril 2018

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