Macron chef de guerre
Article mis en ligne le 21 mai 2017

par Collectif
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Mardi 19 mai, cinq jours après son investiture, Macron se rend à Gao pour y rencontrer les troupes françaises de l’opération Barkhane. Comme il l’avait promis, c’est sa première visite officielle (après le traditionnel voyage à Berlin pour recevoir l’onction des dirigeants allemands, où il fut aussi question de l’Afrique). Il y va directement, sans prendre la peine de passer par Bamako saluer le président du Mali. Toute la France est dans ce geste grossier : la Françafrique, la France ancienne puissance coloniale, la France impérialiste.
Macron pense donc être chez lui au Mali, comme l’armée française se sent chez elle dans les cinq pays de l’opération Barkhane, le Tchad, le Niger, la Mauritanie, le Burkina Faso et le Mali (le G5 du Sahel), où elle a le droit de séjourner et de circuler sans limite. La libre circulation est l’apanage des armées colonialistes.
Le Président Ibrahim Boubacar Keïta (dit IBK) devra donc se déplacer lui-même pour se rendre au sein de la base française de Gao, comme dans un pays étranger, où 1 700 soldats français séjournent depuis quatre ans. Il entendra Macron lui demander d’être un peu plus énergique dans la « lutte contre le terrorisme », car les opérations Serval, puis Barkhane, sont un échec : les zones de combat et d’insécurité se sont étendues au Mali et dans la région, comme le révèle un rapport de la FIDH (Fédération internationale des ligues des droits de l’homme) paru hier. Le président malien devra aussi signer quelques contrats juteux pour les entreprises françaises, dont les représentants sont du voyage.
Une nouvelle étape de l’opération Barkhane s’annonce donc, un nouveau cran dans l’intervention belliciste de la France.
Mais cette fois, et c’est ce qui fut aussi discuté à Berlin, le renforcement de l’intervention passe par celui de l’axe franco-allemand. Depuis quelques années, les dirigeants de la grande coalition droite-gauche allemande renforcent les armées : cette année, le budget militaire allemand progresse de 2,7 milliards (passant à 37 milliards d’euros), une augmentation trois fois supérieure à celle du budget français. Mais l’Allemagne veut intervenir sur les « théâtres extérieurs » : elle l’a fait subrepticement ces dernières années, tant son passé et l’hostilité de la population allemande pèsent lourd sur ses décisions militaires. L’Allemagne a besoin de la « couverture » française, que Macron est prêt à lui accorder.
L’Allemagne vient d’augmenter sa présence militaire au Mali, portant à 1000 hommes ses troupes stationnées elles aussi à Gao, au sein de la MINUSMA (les troupes de l’ONU, de 11 000 à 16 000 soldats selon les sources), que Macron ira saluer. Mais elle voudrait agir comme la France, en tant que telle, en tant que grande puissance.
Ainsi, se dessine le contenu de la « défense européenne » : celle-ci, qui était au programme de Macron, est toutefois refusée par l’OTAN (entendez, par les USA) et du coup par l’Allemagne. C’est donc plutôt une coopération militaire franco-allemande, un axe belliciste Paris-Berlin qui va se construire et se renforcer, comprenant les deux plus grandes armées de l’ouest-européen, et délibérément tourné vers les interventions impérialiste.
Ce projet européo-militariste est visible dans la composition du nouveau gouvernement : la très européenne Sylvie Goulard, ex-conseillère de l’ex-Président de la Commission européenne Romano Prodi, devient Ministre des Armées, tandis que Le Drian passe de la Défense au Ministère de l’Europe (et des Affaires étrangères).
Macron a voulu immédiatement se présenter comme un chef de guerre : montée des Champs-Elysées dans un véhicule militaire, un « command car » ACMAT, visite dès après sont investiture aux soldats blessés de Barkhane à l’hôpital militaire de Clamart, visite à Gao, prolongation du premier conseil des ministres du 18 mai par un conseil de Défense, décision de créer une task force qui occupera le bureau voisin de celui du Président, et qui lui rendra compte quotidiennement des avancées de la « lutte antiterroriste ».
Et puis, décision lourde de conséquences, l’installation d’un service national obligatoire d’un mois, conçu comme un sas vers la garde nationale créée par Hollande avant son départ (au passage, ce service national, dont le coût est estimé à deux milliards d’euros, sera financé hors budget de la défense !).
Tout ceci a le mérite d’être clair, et les militants doivent plus que jamais se mobiliser contre ce bellicisme croissant.
Les accents patriotards du discours d’investiture de Macron révèlent pleinement leur sens : la France des 5 millions de chômeurs et des 9 millions de pauvres retrouvera « sa grandeur et son rang dans le monde » par la vertu des forces armées !

19 mai 2017

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