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Présentation du Collectif : interview pour l’Association culturelle des travailleurs immigrés de Turquie

Article mis en ligne le 18 mai 2017

par Collectif
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1) Pouvez-vous nous présenter collectif anti-guerre ? Dans quelles circonstances et pour quelles besoins ce collectif a été créé ?

Après les attentats à Paris et Saint-Denis du 13 novembre 2015, le gouvernement a pris une double décision : décréter l’état d’urgence (qui est prolongé à ce jour) et renouveler son intervention militaire en Irak et en Syrie. Certains militants et intellectuels ont réagi tout de suite, en rappelant que la France était en guerre bien avant les attentats, guerres de pillage pour le contrôle des ressources en Irak, en Afghanistan, en Libye, au Mali, en Centrafrique. Mais il ne suffisait pas de prendre position, il importait de travailler dans la durée pour construire un mouvement anti-impérialiste. C’est pourquoi en janvier 2016 nous avons décidé de créer le Collectif Ni guerres ni état de guerre, sur une base d’opposition aux guerres d’ingérence et de spoliation, aux interventions impérialistes et à leurs conséquences : racismes, islamophobie, discriminations et Etat policier.

2) Auparavant, en France, y-a-t-il eu une volonté de créer un collectif ou organisations similaire ?
Une volonté, certes, mais qui n’a guère abouti. Par exemple, au lendemain de la guerre contre l’Irak, en mars 1991, la tentative de regrouper les divers collectifs locaux qui s’étaient formés contre l’intervention de l’Occident a échoué. Par la suite, les mouvements d’opposition à la guerre n’ont cessé de s’affaiblir (Afghanistan, Yougoslavie, Libye, Mali, etc.). Des divergences d’analyse importantes ont toujours existé sur la nature des guerres, sur la position à adopter concernant les régimes de tel ou tel Etat, sur la Palestine. Contrairement à la situation dans d’autres pays, ces divergences ont empêché le rassemblement dans un vaste mouvement antiguerre. Aujourd’hui, l’originalité de notre Collectif est de rassembler en son sein des personnes, des organisations, des associations qui, malgré leur différence, veulent aller dans le même sens en s’opposant avant tout à la politique belliciste de l’Etat français.

3) Est-il possible d’avoir un monde sans guerre selon vous ?
Les militants de notre collectif citent souvent la phrase de Jaurès (qui a combattu, jusqu’à être assassiné, contre les préparatifs de la première guerre mondiale) : « le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage ». Cela signifie que les guerres impérialistes ne sont pas faites sans raison, mais pour défendre les intérêts économiques, politiques, géostratégiques du capital. L’aspiration à la paix est un sentiment dominant chez les peuples, mais ce rêve ne pourra devenir réalité tant que les hommes sont exploités et opprimés. « Pas de justice, pas de paix » comme le dit la jeunesse populaire.

4) Pourquoi des guerres sont faites à notre époque ? Quelles sont les raisons ? Et quel est le rôle de la France dans ces guerres ?
Le système capitaliste traverse aujourd’hui une très profonde crise. Le capital financier qui le domine a accumulé des masses gigantesques de capitaux, qui par nature ne demandent qu’une seule chose, continuer à grossir, à accumuler, à accaparer le travail humain et les richesses qu’il produit. Ce processus se développe à travers des contradictions toujours plus profondes, à travers une concurrence et une lutte violentes entre les monopoles, entre les impérialistes et les peuples et les Etats impérialistes entre eux. Depuis la Libération des nazis en 1945, le monde n’a cessé d’être en guerre. La France, cette vieille puissance coloniale, a mené plus de 130 interventions militaires depuis la fin de la guerre d’Algérie (1962). A l’exception de la deuxième guerre contre l’Irak, la France a participé à toutes les guerres conduites par les USA dans le cadre du « nouvel ordre international ». Mais le terrain de prédilection du militarisme français reste l’Afrique. C’est là, dans ses anciennes colonies, que la France maintient des bases militaires, avec des dizaines de milliers de soldats, soutient et corrompt les dictateurs en place, lance des opérations militaires, protègent les intérêts des grands groupes qui pillent les richesses du continent (Total, Areva, Bolloré, Vivendi, etc.), tient sous le joug les économies avec le système du franc CFA.

5) Comment et en quoi les citoyens européens ou les immigrés résidants dans l’Union Européenne sont touchés par ces guerres ? Que ce soit dans le domaine social, psychologique ou encore économique ?
La France agit aussi au nom de la Communauté européenne en intervenant militairement dans les pays du Moyen Orient, ou encore en Afghanistan. Ainsi, la Communauté européenne inflige-t-elle en quelque sorte une double peine aux peuples de ces régions : d’abord par la guerre qui y est menée dans ces régions, ensuite en fermant ses portes aux réfugiés que ces guerres jettent sur les routes de l’exil. L’immense majorité de ces réfugiés sont accueillis dans les pays voisins des conflits, et ceux qui parviennent en Europe le font au prix fort, avec des milliers de noyés en Méditerranée, avec des mois de misère et d’incertitude dans les camps de transits, avec la répression et les reconduites aux frontières. Cette situation, créée de toute pièce par les Etats impérialistes, les amène à multiplier les lois contre les étrangers, à susciter le rejet, notamment avec l’islamophobie, et à développer un véritable racisme d’Etat.
Conduire des guerres coloniales ou impérialistes à l’extérieur ne peut qu’avoir de graves conséquences à l’intérieur. D’une part parce que mener ces guerres extérieures suppose d’organiser l’union nationale à l’intérieur, afin de mater toute opposition et de « garantir les arrières ». D’autre part et réciproquement parce que, pour tenir en laisse le peuple français qui veut se révolter contre l’ordre social inique, il faut pervertir ses aspirations émancipatrices en allant combatte d’autres peuples. Ce double mouvement a été théorisé dès les débuts de la colonisation, dans les années 1830, par le maréchal Bugeaud, l’assassin des Algériens, qui affirmait que l’armée coloniale devait aussi servir à mater la « canaille rebelle » que formait le peuple de Paris. Le politicien et magnat britannique, Cécile Rhodes, déclarait de son côté très clairement : « Si vous voulez éviter la guerre civile, il vous faut devenir impérialistes ».
L’état d’urgence, et l’état de guerre intérieur qu’il installe, est aujourd’hui inséparable des interventions militaires à l’extérieur.

6) Quelle est la réaction des citoyens français et des immigrés par rapport à ces guerres ? Se mobilisent-ils ?
La mobilisation de la population contre les guerres impérialistes est faible. La riposte des partis et des organisations politiques de gauche n’est pas à la hauteur. Nous constatons deux choses. La première est que la propagande menée par l’Etat pour présenter la France comme un pays « agressé », « victime du terrorisme islamique », et devant donc se défendre en militarisant l’espace public et les esprits, cette propagande est assez efficace – d’autant plus, encore une fois, qu’elle n’est pas vraiment combattue. La seconde, est que la population est très peu informée de ce que fait son propre Etat en Afrique et au Moyen Orient. Dans les diverses manifestations où nous sommes présents pour diffuser notre matériel contre les guerres, les manifestants nous demandent souvent « mais quelle guerre ? ». C’est pourquoi notre collectif s’efforce d’informer, d’organiser des conférences où des faits et des analyses sont exposés. Un immense travail nous attend.

7) Avez-vous un message pour nous, les kurdes et les turcs ?
C’est d’abord un message de solidarité. Erdogan a déclenché une nouvelle et cruelle guerre contre les Kurdes, dont il se sert aussi pour aggraver les souffrances du peuple turc. Nous sommes naturellement aux côtés des peuples kurde et turc dans leur lutte contre la dictature, contre la guerre, contre l’impérialisme. Le crime politique perpétré à Paris le 9 janvier 2013 contre trois militantes kurdes, Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez, ce crime barbare reste une fois de plus impuni, et cela nous révolte. Ces trois combattantes sont des martyres dont nous honorerons toujours la mémoire.
Les Turcs et Kurdes qui résident en France sont très mobilisés, non seulement pour défendre leurs droits en tant qu’immigrés (voir la lutte des sans-papiers Kurdes au métro Chatelet), mais aussi pour participer aux divers mouvements populaires et anti-impérialistes. Ils manifestent ainsi un esprit internationaliste que votre association ACTIT porte à un haut niveau et représente un exemple pour les militants français.

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