Barrage sur le Pacifique

Le café anti-impérialiste du jeudi
Chaque jeudi, le Collectif Ni Guerres Ni Etat de Guerre publie un édito
Aujourd’hui : Barrage sur le Pacifique

Article mis en ligne le 4 mars 2021

par Collectif
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Barrage sur le Pacifique

La Nouvelle-Calédonie (Kanaky) traverse aujourd’hui une crise sociale et politique qui ne présente qu’une seule origine : la persistance du lien colonial qui unit l’archipel à la France. On sait que depuis de longs mois le mouvement indépendantiste s’est mobilisé autour du sort de l’usine de nickel de la province sud. Les indépendantistes ont saisi l’occasion du départ de la société Vale (qui exploite et transforme le minerai dans la province) pour affirmer la souveraineté kanak sur une partie des ressources minières du pays. Le problème est posé en termes simples : à qui appartiennent les richesses de la Kanaky, à la France et à ses amis de la haute finance de divers pays, ou au peuple kanak ?

La réponse est tout aussi simple : d’un côté, l’État français intrigue avec l’ancien patron de Vale pour céder l’usine à un consortium étranger (Transfigura, connu pour avoir répandu des déchets toxiques en Côte d’Ivoire qui ont empoisonné des dizaines de milliers de personnes) ; de l’autre, le peuple kanak refuse le pillage de ses ressources et affirme : « usine du Sud = usine pays », en multipliant les grèves, les blocages, les manifestations massives.

Le mouvement se poursuit, avec ses hauts et ses bas, car l’unité qui conduit à la victoire est un combat de tous les jours. Notre collectif continuera à exprimer sans relâche sa solidarité avec le combat du peuple kanak pour son indépendance.

Ces derniers jours, la mobilisation des kanak autour de la vente de l’usine Sud a conduit à une situation politique inédite : après la démission de l’exécutif des partis indépendantistes, qui entendaient marquer ainsi leur opposition au processus de vente de Vale, un nouveau gouvernement a été élu le 17 février, donnant cette fois la majorité aux forces indépendantistes (grâce à l’alliance entre l’Union calédonienne du FLNKS et l’Éveil océanien).

Il faut suivre de près la situation, car le parti colonialiste se déchaîne plus que jamais, en particulier pour convaincre Paris de ne pas organiser l’an prochain le troisième référendum dont il craint le résultat en faveur de l’indépendance.

L’État français souhaite maintenir sa griffe sur l’archipel pour d’évidentes raisons économiques – avec un sous-sol qui contient entre 20 et 30% des réserves mondiales connues de nickel. Mais les intérêts géostratégiques sont aussi primordiaux. La volonté fixée par Macron de faire de la France une véritable puissance du Pacifique démontre à elle seule que l’État français tentera à tout prix de maintenir le lien colonial avec la Kanaky.

On sait combien Macron est passionné, ou plutôt obsédé par la chose militaire. On se rappelle comment le jour de son investiture le nouveau président avait remonté les Champs Elysées à bord d’un Command Car de l’armée de terre – une première, qui prend tout son sens avec depuis lors un taux de croissance des dépenses militaires de 18,1%, contre 8,1% pour l’Éducation.

C’est donc avec une certaine gourmandise que Macron a annoncé la formation d’un « axe indo-pacifique » dans un discours couleur kaki prononcé en mai 2018 sur la base militaire de Garden Island à Sydney en Australie. Prenant acte du rebalancing (rééquilibrage vers le Pacifique) initié par Obama, poursuivi par Trump (et confirmé par Biden), Macron désigne à son tour cet océan comme un point clé de « la refondation de l’ordre mondial » : raison pour laquelle il veut que la France renforce sa présence dans la région. 8000 militaires y sont déjà « prépositionnés », dont 3 200 en Kanaky (soit trois fois plus que dans la métropole si on le rapporte à la population).

Macron veut aller plus loin, et souhaite que la France fasse partie de l’axe militaire que les États-Unis ont constitué avec l’Inde et l’Australie, pour faire barrage à la Chine, car « cet axe-là - a-t-il précisé à Nouméa en mai 2018 - se prolonge de Papeete à Nouméa et à travers tous nos territoires ».

Macron voudrait ainsi que la France participe aux manœuvres militaires organisées dans le Pacifique par le Quad (qui réunit USA, Japon, Inde et Australie). Il faut dire que le nom des derniers exercices organisés dans le golfe du Bengale a de quoi lui donner des frissons : « Malabar » …

L’Etat français engage ainsi sa politique extérieure dans la ligne du Pentagone qui prépare la grande confrontation avec la Chine. Les prétentions françaises sont inouïes, et témoignent de la persistance d’une mentalité d’empire chez des dirigeants qui ont le casque colonial vissé sur la tête. « Le XXe siècle sera maritime » aime à dire Macron, qui rappelle que la France possède la plus grande ZEE (zone économique exclusive, à 350 milles des côtes) du monde, 6,8 millions de Km2 dans le Pacifique Sud (dont 1,4 million de km2 pour la Kanaky).

Cette rhétorique grandiloquence serait ridicule s’il n’y avait là-derrière l’exploitation des peuples de la région et le danger croissant de participer aux aventures militaires des États-Unis. Elle fournit un argument supplémentaire pour maintenir sous une forme ou une autre la présence coloniale française dans le Pacifique. Le Monde, comme à son habitude, ne s’y est pas trompé, qui écrit dans son éditorial du 19 février : la stratégie indopacifique de la France « se trouverait entravée par une indépendance calédonienne dure ».

Une double raison fonde ainsi notre attitude internationaliste : l’anticolonialisme et l’opposition aux guerres inter-impérialistes.
Il est fini le temps des colonies !
Il ne doit pas advenir celui de la guerre !

C’est pourquoi, nous opposer ici au bellicisme constitue un soutien concret au combat du peuple kanak pour son indépendance.

Jeudi 4 mars 2021

Bulletin du Collectif Solidarité Kanaky n° 11 - Février 2021 (solidaires.org)

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