Dassault. L’Etat rend hommage à un marchand de canons.

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Article mis en ligne le 17 juin 2018

par Collectif
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La Forge 13 Juin 2018

Serge Dassault, qui vient de décéder à 93 ans, a été salué par les plus hautes autorités de l’Etat. De nombreux hauts gradés, Sarkozy, Giscard… faisaient partie de la foule qui a écouté l’hommage lu par le Premier ministre Philippe. S. Dassault
était un membre éminent de l’oligarchie. A la tête de la 4e fortune de France (selon le classement Forbes), il a également été sénateur. Il a poursuivi la politique de son père dans les médias, en achetant à Hersant le groupe qui contrôlait notamment le Figaro, devenant ainsi le propriétaire d’un des principaux médias et du premier groupe média digital.
Il est pour le moins osé de prétendre, comme l’a fait Philippe, que Dassault « a contribué au libre jeu de notre pluralisme politique en présidant aux destinées de l’un de nos premiers quotidiens nationaux » ! A la différence de la plupart des membres de l’oligarchie, S. Dassault était un homme engagé dans la vie politique. Plusieurs fois poursuivi pour des affaires d’achats de voix, de corruption, notamment lors d’élections à la mairie de Corbeil-Essonne, il n’a été condamné à l’illégibilité que récemment pour avoir dissimulé des comptes bancaires à l’étranger et pour s’être soustrait au fisc. Très longtemps, il aura pu compter sur ses « amis » au Sénat, pour lui éviter d’être entendu par les enquêteurs ; le dernier refus de la levée de son immunité parlementaire avait été voté « à main levée » en 2014 ! L’hommage officiel de Philippe insiste sur son « patriotisme » et son esprit d’entrepreneur, passant évidemment sous silence les graves accusations de corruption.

Par contre, il a insisté sur sa conviction « qu’il fallait libéraliser le marché du travail, par un libéralisme responsable favorisant l’intéressement des salariés pour rénover les relations sociales au sein de entreprises », parlant du groupe Dassault
comme d’un « laboratoire » dans ce domaine. Parler du « libéralisme responsable » de Dassault ne manque
pas de sel : voici un groupe qui a été littéralement « porté » par l’Etat, à coups de contrats et de commandes de plusieurs dizaines de milliards d’avions de combat, sans concurrence ; qui a construit son assise industrielle et commerciale grâce à l’Etat, dont les représentants, chefs d’Etat en tête, ministre des armées, haute hiérarchie militaire… sont les commis voyageurs des avions Dassault auprès des gouvernements auxquels ils sont proposés, avec des garanties financières de l’Etat. C’est cette assise industrielle et financière qui a permis à Dassault de développer, avec succès, la branche des avions d’affaires, les « Falcon », vendus très cher aux grandes fortunes, aux grands groupes du monde entier. Les liens entre Dassault et l’Etat illustrent de façon éclatante le fait que l’Etat est au service des monopoles. Et quand Philippe parle du « patriotisme » de Dassault, quand il affirme qu’en « servant son entreprise, S. Dassault n’a jamais cessé de servir son pays », il renverse la réalité des choses.
Quant au laboratoire social, il faudrait plutôt parler d’une forme de gestion paternaliste, qui peut se permettre des salaires plus élevés que la moyenne, des primes substantielles, parce qu’il a besoin de fidéliser son personnel et qu’il en a les
moyens financiers. Mais c’est le même Dassault qui n’a cessé de prôner, pour l’ensemble des entreprises, la totale liberté de licencier, de rallonger le temps de travail (« on ne travaille pas assez en France » aimait il à répéter), la suppression de l’ISF et de l’impôt sur la succession, deux questions où ses intérêts personnels étaient en totale adéquation avec ses positions
politiques.
Dans son intervention, Philippe a souligné trois domaines dans lesquels Dassault a joué un rôle essentiel : la mise au point de logiciels capables de simulations à grande échelles, employés aujourd’hui dans de très nombreux domaines économiques ; le nucléaire, avec le Mirage IV emportant une bombe nucléaire et les Rafale, qui emportent des missiles à tête nucléaire ; et la coopération européenne en matière de drones et de la production du « système de combat aérien du futur, pour l’instant conçu dans un cadre franco-allemand ». C’est la confirmation d’une collaboration poussée entre Dassault et Airbus (1), pour développer un nouvel avion de combat (qui devrait remplacer l’Eurofighter et le Rafale à partir de 2035, avec des prototypes à partir de 2025), tout le système de combat dans lequel il s’intègre, comprenant notamment des drones MALE (coopération Airbus- Cassidian et l’israélien IAI), des radars, les réseaux de communications interconnectés et sécurisés, des missiles, satellites « de systèmes de l’Otan » et de systèmes de combat terrestres et navals.
C’est le 25 avril que cette collaboration stratégique a été publiquement annoncée, pour « garantir la souveraineté et l’autonomie stratégique de l’Europe (…). Ce programme renforcera les liens politiques et militaires entre les deux principaux Etats européens, tout en dynamisant son industrie aérospatiale », selon le PDG de Dassault aviation. Autonomie de « l’Europe de la défense », à partir de la collaboration renforcée entre l’impérialisme français et l’impérialisme allemand, mais
dans le cadre des « systèmes Otan » : c’est toute l’ambigüité des discours sur la défense européenne.

Pour nous, pour les forces qui luttent contre la militarisation de l’économie, contre la prolifération des armes vendues essentiellement par les grandes puissances (un marché évalué à 1 200 milliards de $), et dans ce cadre, en premier lieu par les Etats membres de l’Otan, contre les politiques de guerres impérialistes, nous combattons à la fois l’Otan et la « défense européenne » ; toutes deux sont dirigées contre les peuples et visent à garantir le système impérialiste.

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